Sans doute la Safer s’est-elle montrée légèrement dubitative lorsque Laurine Simon l’a contactée pour acquérir trois hectares de pâture à Voillecomte, commune de 500 habitants située entre Wassy et le Lac du Der. Laurine Simon, animatrice nature, rêvait d’installer une activité originale d’asinerie, mais manquait de terrain pour ses ânes. Deux difficultés se présentaient : réaliser une installation hors cadre familial ; trouver sur la commune et à proximité de ses bâtiments du foncier à vendre, adapté à son projet. 

Mais, quelques temps après, la Safer Grand Est accompagnait la transmission d’une exploitation de 111 hectares à Voillecomte (polyculture élevage bovin viande). Laurine Simon candidate alors pour trois hectares, facilement accessibles depuis son corps de ferme, et constitue un solide dossier. La motivation et la pugnacité de la jeune femme de 32 ans (on n’ose dire son… entêtement) ont convaincu la Safer, qui fait vérifier par un centre de gestion la viabilité de ce projet, certes très spécifique, mais ce qui est dans tous les cas « une démarche essentielle, dans les missions de la Safer, avant toute procédure d’attribution, indique Aline Riehl, cheffe de service de la Haute-Marne, pour apporter un regard extérieur, soulever d’éventuelles difficultés, apporter d’autres pistes... ». Le résultat confirme les prévisions de Laurine Simon. 

Par ailleurs, la Safer accompagnait dans le même temps un jeune agriculteur pour reprendre l’exploitation cédée. Maîtrisant ainsi l’ensemble du dossier, elle a fait le lien entre les deux propriétaires vendeurs de terrain, les six propriétaires bailleurs, le second jeune désirant s’installer ainsi que Laurine Simon. Le comité technique départemental a retenu ces deux projets parmi ceux qui lui étaient soumis, attribuant 108 hectares au jeune exploitant et… trois hectares à Laurine Simon.

 

« Sans la Safer, j’aurais dû aller ailleurs »

« L’Âne cœur », la structure de Laurine Simon, est opérationnelle depuis octobre dernier. Dans un cadre très « nature », avec le Lac du Der proche, Laurine Simon défend l’image de l’âne. Titulaire d’un BTS Gestion et Protection de la nature, elle s’est également formée aux métiers d’ânier auprès de l’Union Nationale des Aniers Pluriactifs, ainsi qu’à la « médiation asine » auprès de l’association Médi’âne. Elle propose des balades pour adultes, enfants, familles, et des activités ajustées aux spécificités de chacun (notamment aux personnes à mobilité réduite), selon les saisons ; des ateliers « rencontre avec un âne » (activité partagée parents/enfants) ; des séances de médiation asine s’adressant à toute personne (enfant ou adulte) présentant des difficultés d’adaptation qui peuvent être liées à un handicap, une maladie ou à des troubles psychologiques et comportementaux.

Les trois hectares acquis ont été réhabilités en prairie, avec une mare (pour les amphibiens), et plantés de haies. « L’objectif est de recréer un paysage naturel ». Laurine Simon dispose actuellement de trois ânes et d’un cheval, et envisage d’avoir deux ou trois ânes de plus. « Et sans la Safer, j’aurais certainement dû aller ailleurs… »